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La première expérience de l’emploi des chiens-veilleurs pour le service des rondes de nuit fut tentée à Gand, en 1899, sur la proposition de M. Ernest Wesemael, commissaire de police en chef de cette ville. C’était en mars 1899 que les trois premiers chiens de police entrèrent en service, à titre d’essai. A la fin de la même année, le nombre monta à dix. En 1902, il monta à 21 et, en 1910, on en comptait trente.

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D’où vint l’idée à Van Wesemael d’utiliser des chiens comme auxiliaires pour les gardiens de nuit ? Son attention fut attiré par deux lettres publiées dans la revue « Chasse et Pêche ». Le premier document était celui daté du 31 décembre 1897, adressé par Louis Huyghebaert (1) à Louis Vander Snickt (2), le rédacteur en chef, et le second était la réponse de ce dernier paru quelques mois plus tard dans l’édition du 12 juin 1898. C’est à la suite de la parution de ces deux documents traitant du dressage que je suis entré, écrit Louis Huyghebaert, en relation avec le Commissaire en Chef de Gand et que nous eûmes plusieurs conversations sur ce sujet très intéressant.

En date du 10 août 1902, Louis Huyghebaert nous délivre d’autres informations intéressantes :

« L'ini­tiative était neuve et hardie, et, comme toujours, les sceptiques ne manquèrent point. Eh bien ! les résultats ont dépassé les plus optimistes prévisions, ainsi que nous avons pu nous en convaincre lors d’une récente visite à M. Van Wesemael, qui nous a ren­seigné aussi complètement que possible sur l'organisation du service des chiens-veilleurs et nous a fait visiter en détail le chenil communal. »

« Toute la journée, les chiens sont enfermés dans des chenils construits dans une cour du poste central de police. Le soir, à dix heures, les chiens sont confiés aux gardes de nuit qui doivent assurer la surveillance des quartiers excentriques. Ils sont tenus en Iaisse jusqu'à leur arrivée au poste où ils font le service. Arri­vés là, ils sont lâchés, mais ils restent muselés et marchent à côté de leur garde. Celui-ci a-t-il quelque soupçon, il envoie son chien en éclaireur et celui-ci l'avertit par ses qrognements s'il découvre quelque chose d’anormal. Au cas où il faudrait assurer une arres­tation particulièrement difficile ou dangereuse, la muselière est arrachée au chien ; elle reste alors suspendue au collier par une courroie en caoutchouc et le policier trouve en son chien un auxiliaire vigoureux et intrépide qui inspire aux malandrins de tout acabit une salutaire terreur.

Au point de vue pratique, quels ont été les résultats de l'in­telligente innovation de M. Van Wesemael ? Les vols et les at­taques nocturnes, fréquents jadis dans les quartiers où les chiens font le service, sont devenus très rares aujourd'hui. » 

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L’uniforme des chiens consiste en un collier garni de clous, portant une médaille sur laquelle sont gravés le nom du chien, la date de naissance et la mention : « Ville de Gand – Police ». La muselière est arrangée de telle façon qu’il ne lui est pas impossible de boire, mais bien d’éviter les empoissonnements. La muselière est partiellement attachée par un bandage en caoutchouc, permettant au policier de l’ôter instantanément. Pendant les nuits pluvieuses et les froids rigoureux, le chien porte une caparaçon imperméable.

L'initiative du Commissaire eut tant de succès que de nombreuses lettres lui parvinrent de l'étranger pour demander des renseignements sur les équipements, sur l'éducation et le dressage des chiens de police. Plus précisément, il reçut de la correspondance du Canton de Zurich, de Helsingfors en Finlande, de Belgrade en Serbie, de St-Petersbourg en Russie, de Monaco, de Milan en Italie, de Manchester, York et Londres en Grande-Bretagne, de New-York et Philadelphie aux Etats-Unis, d'Amsterdam et Breda aux Pays-Bas et du Brésil.

Les missives de la France furent aussi très nombreuses. Voici celles qui reposent aux archives de la ville de Gand : Lille du 21-05-1907, Poitiers du 13-03-1907, Nantes du 8-9-1906, Amiens du 2-4-1903, Roubaix du 26-6-1906, Dunkerque du 1-2-1902, St-Pol s/Mer du 1-12-1902, St-Germain en Laye du 20-7-1906, Neuilly s/Seine du 8-1-1907, Valenciennes du 19-3-1907, Rouen du 3-4-1907, Marseille du 9-4-1907, Dijon du 9-4-1907, Toulon du 3-9-1907, Bordeaux du 10-12-1907, Tourcoing du 5-12-1907 et Paris du 16-9-1906.

En 1907 et en 1910, E. Van Wesemael, Commissaire de Police en Chef de la ville de Gand, publia un livret, sans illustration, intitulé « Le Chien-Policier à Gand », comptant une trentaine de pages. Un chapitre est consacré à l’éducation et au dressage des chiens.

« Le chien policier, écrit-il, doit obéir au doigt et à l'oeil, mais ce n'est pas une raison pour être brutal envers lui ; le système ne vaudrait rien ; la bête deviendrait peureuse et craintive et on n'en obtiendrait plus rien. Le chien doit aimer son maître et le respecter, il doit avoir confiance en lui et il doit tenir à lui être agréable, il n'en sera que plus docile. Pour obtenir ce résultat, on doit avoir recours à la patience et à la douceur qui valent infiniment mieux que la violence ; le chien est plus sensible aux caresses qu'aux coups. La rigueur ne doit être employée que lorsqu'elle est indispensable. »

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Le livret évoque également quelques exploits de chiens. Voici celui de « Beer » :

« Au mois d'octobre 1900, Beer, accompagné de son garde, arrive sur son poste. Le garde est prévenu qu'à quelque distance de là, cinq ivrognes saccagent un cabaret. Ayant démuselé son chien, le garde se porte précipitamment vers l'endroit indiqué. Beer avait précédé son garde et, quand celui-ci arriva sur place, il trouva un des perturbateurs tenu au mollet par son chien. Les quatre autres ivrognes avaient pris la fuite, tandis que leur compagnon hurlait comme un possédé. Mais ils avaient compté sans Beer qui, après avoir remis son prisonnier aux mains de son garde, se mit à la poursuite des fuyards. Pris d'une sainte frousse et craignant qu'ils allaient, eux également, faire connaissance avec les crocs de Beer, ils s'arrêtèrent. Le garde de nuit, accompagné de son prisonnier, s'étant approché entre-temps, invita les fuyards à l'accompagner au bureau de police, et, telle était la crainte des pochards que, sans la moindre hésitation, ils suivirent docilement le garde jusqu'au bureau de police. Il est vrai que, pendant tout le trajet, Beer ne cessait de circuler autour de ses prisonniers, tout comme s'il avait eu à garder un troupeau de moutons. »

chien policier 1

L’exemple de la ville de Gand de l’utilisation pratique du chien comme auxiliaire de la police fut suivi assez rapidement par d’autres villes et communes en Belgique, parmi lesquels on peut citer la commune de Saint-Gilles, les villes de Bru­xelles et d'Anvers, la commune de Schaerbeek, la ville de Mons, etc.

En 1995, un ouvrage édité en néerlandais relate toute l’histoire des chiens de police belges de 1899 à 1914. Signé Roger de Caluwé, le livre éminemment intéressant et fort bien illustré s’intitule : « De eerste Belgische Politiehonden 1899-1914 » comportant le sous-titre : « Het verhaal van een Gents experiment dat de wereld veroverde » (traduction : "le récit d’une expérience gantoise qui a conquis le monde). 

Jean-Marie Vanbutsele

(1) Louis Huyghebaert (1868-1952) est une figure importante de l'histoire du chien de berger belge. C'est le précurseur du dressage et un acharné du pistage. Il est né à Malines en 1868. Il éleva des malinois sous l'affixe « Ter Heide » et devint juge tant pour les expositions que pour les épreuves de travail sauf pour le ring. Il fut rédacteur à "Chasse et Pêche", à "Cultura" et à plusieurs autres revues. Ses articles sont innombrables et une des principales sources sur les chiens de berger belge et les bouviers.  

(2) Louis Vander Snickt était le rédacteur en chef de la revue hebdomadaire "Chasse et Pêche". Il fut le Directeur du jardin zoologique de Gand et de Dusseldorf. Il avait une grande expérience de l’élevage et était un excellent observateur. Ces articles parus et illustrés dans « Chasse et Pêche » sont très instructives et agréables à lire. Plusieurs volumes, écrivit plus tard Louis Huyghebaert, ne suffiraient pas pour énumérer les services rendus à l’élevage par cet esprit infatigable et toujours en éveil.

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